"On est plutôt entre le bubble gum et la science-fiction"
Interview de Julien Fournier au sujet de sa création "Chwallow"
L’Habeas Corpus Compagnie, créée en 2012 par Julien Fournier, est une compagnie de cirque contemporain ayant à cœur de déployer cet art dans d’autres récits et esthétiques. Avec cette nouvelle création ayant comme point de départ la scénographie et la recherche d’une forme de radicalité plastique, la compagnie nous invite à vivre une expérience spectaculaire autant que sensorielle et muséale. Sur scène, le décor entièrement blanc devient la toile de fond pour le jaillissement des couleurs et de la matière, le support au développement de partitions acrobatiques ainsi qu’à l’irruption de petites scènes entre les performeur·euses. Celles-ci mettent en jeu un groupe d’individus confrontés à un environnement incertain. Oscillant entre drôlerie et physicalité engagée, elles se déploient autour de la question du travail, de la communauté, de la transformation et de l’adaptation.
"Dans Chwallow, ce sont les événements scénographiques qui sont les moteurs de la narration. Il n’y a donc pas à proprement parler d’histoire."
Ça veut dire quoi Chwallow ?
Chwallow tire son nom de l'anglais "swallow" - avaler. Clin d'œil au départ à la scénographie qui finira par avaler l'ensemble des protagonistes. Chwallow est un mot inventé qui parle de la texture du spectacle.
Que raconte ce spectacle ?
Dans Chwallow, ce sont les événements scénographiques qui sont les moteurs de la narration. Il n’y a donc pas à proprement parler d’histoire. On travaille en premier lieu sur la matière, la couleur et la transformation. Je dirais que c’est avant tout un voyage physique et sensoriel. Ce qui s’y raconte a à voir avec l’enfantin et le joyeux et aussi l’étrange et l’inquiétant.
Votre création se situe entre Cirque et Arts plastiques, pouvez-vous nous en dire plus ?
A l’origine du projet, il y a eu cette envie de créer une pièce qui soit entre Cirque et Arts plastiques, avec la matière et la manipulation de la matière comme vecteur de la dimension plastique. Du coup, on a fait beaucoup de laboratoire sur cette question à chercher des accointances entre cette matière et un travail physique. Je ne me suis jamais écarté de l’idée que les pistes de recherches devaient à la fois être intéressantes en termes d’image et de physicalité. C’est tout ce processus de recherche qui est à la base de l’écriture scénique. Aussi avec cette idée que tous les éléments qui constituent le spectaculaire sont placés sur un même niveau d’importance et donc que le spectacle est autant une pièce plastique, que circassienne, que chorégraphique, sonore ou lumineuse.
"Ce qui est important dans Chwallow c'est la notion d'artificialité"
Peux-tu nous expliquer la place centrale qu'occupe la scénographie dans Chwallow ?
Il y a ici la volonté de redessiner les contours de l'espace scénique. Ce qui est important dans Chwallow c'est la notion d'artificialité, elle prendra vie grâce à une forme de "radicalité plastique" entrant en concordance direct avec les personnages. C'est dans cette direction que la scénographie écrira malgré elle, l'ensemble de la narration.
Quelle expérience sensorielle souhaites-tu faire vivre aux spectateur·ices ?
On travaille sur le voyage et la transformation. Je pense que je serais ravi que les spectateur·ices soient pris·es et surpris·es par le voyage et par la destination. Un peu comme si on prenait un ticket pour une attraction foraine. Il y a une dimension grand spectacle avec pas mal d’effets, il y a quelque chose de l’ordre de l’intense et du spectaculaire. C’est pour ça que j’aime bien cette analogie avec l’attraction foraine même si visuellement ici, on est plutôt entre le bubble gum et la science-fiction.
Peux-tu nous parler de la création sonore du spectacle ?
Nous avons travaillé en étroite collaboration avec le compositeur musical Fred Miclet. Dans Chwallow, son approche s'inscrit dans une démarche proche de celle utilisée en musique concrète. Utilisant de multiples sources sonores, notre idée était de brouiller les frontières entre musique, image, mouvement et espace. Le décor et les personnages étant traversés par différentes phases, le son viendra quant à lui "perturber" le rapport au réel.