"On aimait bien l’idée de faire en sorte que le public fasse partie de la scénographie"
Interview de Florencia Demestri + Samuel Lefeuvre au sujet de "Holobiontes"
Avec cette nouvelle création chorégraphique, la compagnie demestri+lefeuvre nous propose de vivre une expérience sensible, au cœur des différentes formes de cohabitation du vivant. S’inspirant des partenariats interspécifiques présents dans la nature, Holobiontes est une forme hybride, au croisement de la danse, des arts visuels et de la microbiologie.
Vous souhaitez créer des alliances et des hybridations singulières entre les pratiques chorégraphiques, les arts visuels et la microbiologie ; quelle forme cela va-t-il prendre au plateau ?
On espère que ce que le public reçoit est un (joyeux) mélange ! L’idée étant de brouiller les pistes, de travailler l’imaginaire des spectateur·rices pour désanthropocentrer leurs regards, leurs man aères de voir les choses et de les recevoir. Comment 8 danseur·euses peuvent tout à coup devenir un seul être microscopique ? Comment des corps disposés dans l’espace peuvent devenir une chaîne de montagnes, contenant des milliards d’êtres vivants ? Comment on peut aussi s’apercevoir pour ce qu’on est, c’est-à-dire un écosystème à part entière, maintenu par des collaborations inter-espèces invraisemblables !
Comment avez-vous travaillé avec les 7 interprètes ?
Nous avons partagé du matériel qui nous paraissait faire sens pour arriver à ces hybridations, ces troubles perceptifs, mais nous avons aussi créé un imaginaire commun, qui se traduit singulièrement chez chacun·e.
Nous avons travaillé le mouvement bien sûr, mais aussi des rapports hors studio avec d’autres formes de vie, qui viennent enrichir encore plus l’expérience et viennent habiter le plateau avec nous.
Quelles sont vos inspirations chorégraphiques ?
Nous sommes surtout inspiré·es par tout ce qui n’est pas de la danse, toute pratique ou comportement qui peut venir décaler nos imaginaires ou nos manières de penser, de voir, d’être au monde. Ça va des techniques très poussées de hacking informatique qui crée des images complètement absurdes, au comportement d’une amibe en train de phagocyter un mini organisme
Quel est le dispositif scénique ?
Pour faire sentir les différences de points de vue (points de vie !) possibles, nous mettons en place un dispositif un peu déconstruit, avec des praticables sur scène desquels certain·es spectateur·ices peuvent venir voir le spectacle. On aimait bien l’idée de faire en sorte que le public fasse partie de la scénographie, comme on envisage souvent la nature autour de nous comme un décor…! Renverser ce point de vue là !
Pour cette création vous avez travaillé avec les chercheur·euses en microbiologie, Nathalie Delzenne et René Rezsohazy de l'UCL, qu'avez-vous appris ? Que cherchiez-vous ?
I·els nous ont d’abord informé.e.s de manière plus vivante que des livres ou internet sur les sujets qui nous intéressaient. Iels ont aussi confirmé que malgré les distances qu’on met souvent d’office entre art et sciences, recherche chorégraphique et scientifique, tout est finalement assez proche, et pétri de créativité ! On cherchait surtout à comprendre quel impact peut avoir la connaissance aigue de ces phénomènes microscopiques d’interactions inter-espèces qui nous constituent sur la perception que les scientifiques ont du monde…!